Pour qui est gastronome alsacien, il est une table mythique tant cette maison est ancienne et que la réputation s'est bâtie sur plus de deux générations Haeberlin, il s'agit de l'Auberge de l'Ill à Illhausern. Alors qui dit ‘tradition’ s'attend forcément à une cuisine française, plutôt bourgeoise, classique et sur ce plan nous n'avons pas été déçus.

Dans cette magnifique maison sur les charmants bords de l'Ill, en ce jour de septembre ensoleillé, les géraniums annoncent la couleur. Moquette épaisse pour continuer de feutrer l'ambiance. Je suis un peu surprise par la déco tendance année 70's dans les tons beige et vert qui ne donnent une note ni de classicisme ni de modernité. Serions-nous entre deux mondes ? Nous sommes accueillis par une jeune femme au costume marron en parfaite harmonie avec le décor mais… complètement taché, ooops !

La carte, à première vue, est comme je m'y attendais sans fioriture dans les énoncés et donne la part belle aux poissons. Enfin, je tiens en main la relique des reliques dont j'ai le plus rêvé : la carte des vins. Il est vrai que dans les ventes aux enchères de vins sur Strasbourg et environs nous retrouvons souvent Serge Dubs et ses commentaires. En tant que meilleur sommelier du monde, il a une réputation à tenir et la carte pléthorique, de près de trois kilos, aux noms et aux années prestigieux est un régal pour les yeux. Attention tout de même la tentation est forte !

Nous nous lançons dans le menu dégustation non sans avoir prévenu que l'un d'entre-nous  ne mangeait pas de poisson. Arrivent les premiers amuse-bouche : le consommé de potiron à la noix  de coco et sa gambas en tempura ou la bouchée de saumon à la mousse d'aneth, pour tous... enfin, il pourra toujours se rabattre sur les gougères ou les tuiles de parmesan.

Le premier plat est énoncé : foie gras d'oie. C'est bref. Arrive la terrine dans laquelle le serveur forme deux magnifiques quenelles posées sur l'assiette avec une gelée. Rien à redire le foie est succulent, goûteux, bien épicé. Par contre la gelée est immangeable. Si déjà elle n'est pas annoncée autant s'abstenir.

Cocktail de tourteaux sur tartare de tomates multicolores et mayonnaise virtuelle. Pourquoi virtuelle puisqu'elle est bien là ? C'est servi avec un petit biscuit croustillant trop salé qui casse la légèreté et l'équilibre du tourteau et de la mousse de tomates.

Homard sur lit de haricots tarbais et son émulsion d'herbes thaï. Tout simplement divin. Légèreté, onctuosité, textures en bouche. Mais d'où vient donc le homard ? Les paris sont lancés … va-t-on  gagner la Côte Rôtie mise en jeux ? - Tout simplement de Cancale... à ta santé Gildas !

Saumon soufflé de l’Auberge de l’Ill. On comprend à l’appellation que l’on touche aux fondamentaux de la maison : Généreuse quenelle sur une compotée de tomates et une mousse crémée. Un sans faute, cuisson, légèreté, onctuosité, équilibre des saveurs, ici aussi la magie opère.

Pigeonneau farci au chou et à la truffe avec ses petits légumes et girolles. C'est moelleux. Je me régale, la force du pigeonneau est en parfaite harmonie avec la truffe.

Filet d’Agneau en habit vert. L’agneau bardé d’épinard est très joliment présenté. La cuisson donne toute sa saveur et son moelleux à la viande. C’est accompagné d’une purée de pommes de terre à l’huile d’olive et au thym. Classiquement très bien.

Plateau de fromage sur lequel nous reconnaissons les spécialités de chez Tourette mais comme nous sommes à mi-chemin et déjà dans le Haut-Rhin, maître Antoni y a aussi sa place.

Pastilla au chocolat avec sa glace à la vanille de Tahiti et de la mangue caramélisée. Même si le chocolat est au lait, le coulant exprime un certain caractère. La mangue est pour sa part sans goût, dommage.

Feuilleté de quetsches à la vanille de Tahiti. Sympathique.

Assortiments de sorbets : fraise, pomme, pamplemousse, melon. La fraise laisse un goût de lait-fraise de l'enfance, pas certaine que ce soit du sorbet …

L'été indien nous permet de prendre le café en terrasse à regarder les canards et le pêcheur dans sa barque. Un havre de paix encore adoucit par le plateau de chocolats bien mérité. Il faut dire qu'en voulant migrer sur la terrasse, le service nous avait oubliés. Tant mieux pour nous, car pour se rattraper Mme Haeberlin nous offre une boite de chocolats qui agrémentera la partie de trivial poursuite du soir. Ne boudons notre plaisir derrière des prétextes fallacieux de régime !

Globalement c'était superbe mais pas forcément mémorable. Et, certains petits détails tant dans le service que dans l'expression des plats me laissent à penser que nous ne sommes pas dans un « trois mac » où la perfection est attendue indéfectiblement, à chaque seconde.

Auberge de l’Ill à Illhausern – menu dégustation choisi 117 €