La presse locale ne parle plus que ce ça. Emile Jung est en passe de transmettre « son » Crocodile à Philippe Bohrer. Je dis « son », parce qu’en 28 ans, avec Monique son épouse, il se sera investit corps et âme dans cette entreprise pour la monter au sommet des « 3 mac ». Je ne pouvais donc pas me résoudre à voir cette page se tourner sans profiter une dernière fois de ce lieu mythique strasbourgeois.

Hors de ses fourneaux Emile est une personnalité très attachante. J’aime à l’appeler par son prénom qu’il porte si bien, tant il sonne doux aux oreilles. Il parle peu, mais toujours avec poésie et sensibilité. Madame Jung, quant à elle, garde ce côté un peu vieille France. Toujours très élégante, le mot aimable et sa poignée de main si douce transmet une réelle chaleur.

Il n’est pas dans mes habitudes de parler des personnes mais là je dois dire que cette maison est véritablement à leur image. Une cuisine française, comme on n’en mange plus que rarement, classique et sensible, où les produits dénués de chichis révèlent leur vraie nature. Une vaste salle de restaurant au décor un peu suranné mais chaleureux et où les tables sont suffisamment espacées pour que chacune garde son intimité.

Nous y sommes allés un soir et je ne me sentais pas d’affronter le menu Europe ni le menu dégustation. Alors nous avons tout simplement dégusté la formule « gourmande » qui porte bien son nom !

- En amuse-bouche, servis d’office : feuilleté de gambas puis un consommé de rouget. Cela commençait mal pour monsieur qui ne mange pas de poisson, il recevra en décalé un consommé de betterave rouge, oops ! - En entrée : carpaccio de saint-Jacques et tourteau au gingembre avec une écume de pomelos, un délice de fraîcheur, d’acidité et de rondeur. Foie de canard landais grillé, compotée de coing et pommes et jus aux agrumes, tout est dans l’association et l’onctuosité des textures dont ces pommes cuites au four, fondantes… - En plat : Bar de ligne rôti avec la purée de potimarron et sa sauce au Pinot noir, une association étonnante, d’une fine légèreté. Filet de bœuf, sauce béarnaise, frites maison et chou de Bruxelles, là on est dans la plus classique des traditions françaises – Assiette de fromages : tomme de Savoie et fourme d’Ambert de chez Cyrille Lorho avec le chutney poire vanille et la gelée de piments d’Espelette – En dessert : je n’ai pas résisté à la surprise chocolatée de profiteroles à la glace vanille où la fonte de la boule au contact du chocolat chaud fait apparaître les trois minuscules choux, à fondre de plaisir… Gratin de poire Williams et croustillant au pralinées plus si croustillant que cela puisque mouillé par le jus du gratin.- Parmi les mignardises de dessert, je retiendrai la coque au chocolat blanc et la crème de mandarine équilibrée à souhait entre acidité et sucre.
Franchement, auriez-vous pu en avaler plus ?! Je suis ressortie repue et ravie.
Voilà une belle soirée qui restera dans nos mémoires.

Le Crocodile – rue de l’Outre à Strasbourg.
Menu gourmand : 89 €, en formule déjeuner il comprend les vins - entrées 16 à 78 € - plats poisson ou viande de 39 à 78 € - dessert 18 €